Aventure effervescente



Une amie m’a posé la question: « Pourquoi le cidre au Québec est-il si cher? En Ontario, c’est l’affaire de deux-trois dollars mais dès que tu traverses la rivière, c’est au prix d’une bouteille de champagne, oh-la-la! » 

La réponse, je l’ai trouvée récemment, au cours de notre dernier périple en quête de l’art du goût et de la bonne bouffe, cette fois-ci à L’Isle-aux-Coudres: «23 km de bonheur» comme la décrit (très justement d’ailleurs) un slogan publicitaire. 

Un temps pour semer

Un pépin a germé 

Un pommier a poussé 

Une pépinière a commencé 

Les lignes du poème que nous avons lu au mur de la salle de dégustations à la cidrerie Pedneaud en plein milieu de l’Isle ont été le début de la réponse et mon fil d’Ariane. Première découverte (sans plonger dans les détails techniques de la production du cidre): au Québec, sur 700 pomiculteurs (producteurs d’arbres fruitiers à pépins) il n’y a que 40 qui font le cidre. En Amérique du Nord, ça représente le plus grand nombre de cidreries par habitant, dont la plupart sont considérées « artisanales ». Ici, on appelle un artisan  « cidriculteur » sur base du fait que toutes les étapes de la production du cidre s’effectuent au même endroit: « du pépin qui a germé » jusqu’à la vente des produits: cidres légers et forts, effervescents et sans bulles, cidres de glace, de feu – la liste complète de formats et de goûts vous surprendrait par sa longueur et diversité – et voilà: d’une boisson trop bien connue le cidre passe au rang des délices à découvrir dans toutes les nuances.

Mon fil d’Ariane m’a conduit plus loin, à travers les rencontres et la recherche vers la deuxième découverte: en Grande Bretagne qui est le plus grand producteur et consommateur de cidre au monde, il suffit qu’une boisson contienne 35 % de jus de pomme pour qu’elle soit appelée « cidre ». L’ajout de tels ingredients que le sirop de maïs et d’arômes artificiels est aussi la norme. Ces boissons n’auraient jamais le droit d’être appelées « cidres » au Québec où la réglementation est la plus stricte de tout le contient. La boisson doit être faite à 100 % de jus pur de pommes québécoises, c’est-à-dire non fait d’un concentré dilué (probablement importé de Chine). L’usage de jus d’autres fruits, comme la poire, est autorisé mais, pour garder la nomination de cidre, la proportion ne devrait dépasser 40 %, sinon il s’agirait d’un autre produit, comme dans l’exemple de la poire – le poiré. 

Un trio de frères ont planté 

Un verger est né 

Une idée à maturé

Une entreprise familiale ont léguée

Le poème va plus loin retraçant l’histoire des « défis à relever des rêves à réaliser ». Troisième découverte: le cidre au Québec a évolué d’un substitut – et non alternative! – au vin jusqu’à devenir un produit emblématique représentant le terroir national. Ici, c’est l’hiver et le froid qui font de la pomme ce que le soleil fait de la vigne – le cidre de pommes est « le vin » des régions froides, et il est sensé procurer le même plaisir qu’un bon vin.

Ce nectar des contrées boréales est devenu la fierté de la famille Pedneault: « 1918 l’an premier » – cette année la cidrerie Pedneault célèbre ses 100 ans. 100 ans de passion et de labeur afin de se ranger à la position des meilleurs du terroir québécois en parfaite conformité avec tous les standards. La visite du verger a fait à Denis l’effet de reformuler la phrase fameuse « vivre comme un roi en France » en «vivre comme un Québecois à l’Isle-aux-Coudres». Merci de  cette visite, de votre accueil chaleureux, de tout ce que vous nous avez raconté et montré nous donnant votre temps précieux!  Nous avons de quoi célébrer avec vous: nous avons quitté l’Isle chargés de poids précieux.

Dernière note: une des variétés – cidre effervescent – est faite en utilisant la méthode traditionnelle champenoise ce qui rapproche en quelque sorte le cidre du champagne – ai-je bien répondu à ta question, chère Christina?

Aller à l’Isle-aux-Coudres – pour s’approvisionner en cidres de qualité mais aussi pour les vacances inoubliables aux bords du majestueux Saint-Laurent, serait sans doute notre conseil. Mais si vous voulez goûter à ce nectar tout de suite – bonne nouvelle: maintenant vous pouvez trouver les cidres Pedneault à Gatineau, en voilà l’adresse: boutique gourmet Papilles Gourmandes à 265 boulevard Saint-Joseph (Secteur Hull).

Santé! 

Crédit photo: Elina Sharkova

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